Ostéopathie et effet placebo [Editorial]

Parution Oct 2018
Editorial du Numéro 21
Auteurs
Robert Meslé
Référence
Meslé R. Ostéopathie et effet placebo [Editorial]. La Revue de l'Ostéopathie. 2018;21:1-2.

Chères lectrices, chers lecteurs,

L’essai contrôlé randomisé, ou ECR, est le design d’étude qui apporte le plus haut niveau de preuve scientifique en recherche clinique biomédicale.

Dans le domaine de la recherche pour l’évaluation de l’ostéopathie, les chercheurs accordent souvent beaucoup d’attention au protocole appliqué aux patients du groupe traité, et à la mesure de l‘efficacité thérapeutique. Mais comment interpréter des résultats observés sur un groupe unique, c’est-à-dire sur une série de cas traités ? La diminution d’une douleur mesurée – par exemple – par une échelle visuelle analogique, est-elle une mesure de l’efficacité « réelle » du traitement ostéopathique appliqué ? En effet, le résultat est également influencé par les variations naturelles et l’éventuelle régression spontanée des altérations de l’état de santé que l’on étudie, et par l’effet placebo. La constitution d’un groupe témoin permet de faire en sorte que les variations naturelles et la régression spontanée soient comparables. Cela crée une référence par rapport à laquelle le traitement évalué peut être mesuré, la différence observée entre les deux groupes étant alors attribuable à l’effet thérapeutique du traitement ostéopathique… auquel il faut ajouter l’effet placebo.

En pratique courante, l’effet placebo peut être considéré comme l’allié du clinicien, puisqu’il fait partie intégrante de la prise en charge du patient et qu’il lui apporte un effet bénéfique. En clair, lorsqu’il est présent, le patient est satisfait et le praticien aussi. En matière de recherche clinique, comment prendre en compte les effets placebo potentiellement générés, de manière apparemment paradoxale, par des traitements efficaces ? Comment contrôler les effets Hawthorne, Rosenthal (Pygmalion), John Henry ? L’essai contrôlé randomisé est fréquemment perçu par les ostéopathes comme impossible à mettre en oeuvre dans leur domaine du fait de ne pouvoir disposer d’un groupe comparateur – ou contrôle – crédible, en raison de l’absence de placebo d’ostéopathie. Cette attitude est d’autant plus respectable qu’il est pertinent d’émettre l’hypothèse que les traitements ostéopathiques génèrent des effets placebos spécifiques. Et comment « aveugler » un patient par rapport au type de traitement manuel reçu ? Et comment aveugler un ostéopathe sur le type de traitement qu’il effectue ?

Ces problématiques sont partagées par d’autres disciplines, où les études en double aveugle, ou double insu, sont impossibles à réaliser : chirurgie, podologie, soins dentaires, thérapeutiques manuelles, etc. Différentes méthodes sont proposées dans ces situations, notamment pour les thérapeutiques manuelles où des méthodologistes préconisent d’appliquer des protocoles de simulation d’un traitement ostéopathique pour les patients du groupe témoin comme le light touch ou le sham treatment.

Ces propositions sont-elles acceptables dans le cadre de l’évaluation de l’efficacité de l’ostéopathie ? Question qui pourrait être l’objet d’échanges riches et fructueux sur le forum de La Revue de l’Ostéopathie, consacré uniquement à la recherche.

Pendant que les membres du comité éditorial préparent le prochain numéro, nous vous souhaitons une très bonne lecture de ce numéro 21.

Robert Meslé

Directeur de la publication

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